1848, la Grèce, l'emprunt et l'impôt

Publié le par lavendeeautrement

Voici ce qu’on pouvait lire dans l’ouvrage d’Edmond About titré « La Grèce contemporaine » et publié aux éditions Hachette en 1848 :

« La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance.  Tous les budgets depuis le premier jusqu’au dernier sont en déficit. Lorsque dans un pays civilisé le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt fait à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement grec n’a jamais tenté et il l’aurait tenté sans succès. Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur.

Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays. Et une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts. La Grèce ne pouvait pas les payer. Aujourd’hui, elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais. Dans le cas où les puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux : ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.

La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes qu’il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a d’abord essayé d’affermer l’impôt, mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l’Etat qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre. Depuis que l’Etat s’est chargé lui-même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne paient pas. Les riches propriétaires qui sont en même temps des personnages influents trouvent moyen de frustrer l’Etat soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point comme chez nous les intérêts de l’Etat. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissants et à gagner de l’argent. Quant aux petits propriétaires qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.

La loi n’est jamais en Grèce cette personne intraitable que nous connaissons. Les employés écoutent les contribuables, le percepteur est prudent, il sait qu’il ne faut exaspérer personne, qu’il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui et qu’un accident est bientôt arrivé. C’est pourquoi les ministres des finances font deux budgets de recettes. Le budget d’exercice indique les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l’année. Le budget de gestion indique celles qu’il espère percevoir. Et comme les ministres des finances sont sujets à se tromper dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées, il aurait fallu réaliser un troisième budget indiquant les sommes que le gouvernement est sûr de percevoir. Par exemple en 1845, pour le produit des oliviers du domaine public, le ministre inscrivait au budget d’exercice la somme de 441 800 drachmes. Il inscrivait au budget de gestion, que sur cette somme, l’Etat serait heureux de percevoir 61 500 drachmes. Il reçu 4 457 drachmes et 41 centimes, c’est-à-dire environ 1% de ce qui lui était dû. »

 

 On voit par là qu’on a eu raison de supprimer l’enseignement de l’Histoire en Terminale et de le réduire dans les grandes écoles qui forment nos futurs fonctionnaires et nos futurs gouvernants.

Commenter cet article