A propos de ceux qui regrettent le totalitarisme

Publié le par lavendeeautrement

Le 6 mars 2013, Jean-luc Mélenchon déclarait dans les colonnes de l'Humanité: "Chávez, c'est l'idéal inépuisable de l'espérance humaniste, de la révolution". Il ajoutait que " Chávez a été la pointe avancée d'un processus large dans l’Amérique latine qui a ouvert un nouveau cycle pour notre siècle, celui de la victoire des révolutions citoyennes. (...) L'infecte social-démocratie qui (...) se répand en injure contre les figures progressistes d'Amérique latine feraient bien de se souvenir qu'au Venezuela contrairement à la France (...) on a fait reculer la pauvreté de manière spectaculaire, éradiqué ce qui est classé comme extrême pauvreté."

 

Le représentant de l'Etat français aux obsèques d'Hugo Chávez, Monsieur Victorin Lurel, ministre des Outre-mer depuis le 16 mai 2012, a déclaré : "Le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chávez."

 

Pour savoir si le monde gagnerait à cette multiplication, et si le jugement politique de l'extrême-gauche mérite qu'on lui accorde nos suffrages et qu'on lui confie notre avenir, oyez la chronique de Philippe Meyer du 11 mars dernier qui déroulait un court bilan du président Vénézuélien Chávez :

 

Monsieur Victorin Lurel, avant de devenir ministre, a été un très actif président du Conseil régional de la Guadeloupe. Economiste de formation, il s'est employé à sortir sa région de la dépendance à l'égard du tourisme, de la banane, du rhum, de la pêche, en favorisant la formation et les activités à forte valeur ajoutée. Autant dire que Monsieur Victorin Lurel a fait exactement le contraire du président Vénézuélien, Hugo Chávez, qui a pratiqué avec l'argent de la rente pétrolière un clientélisme teinté de péronisme musclé. Les mille milliards de dollars engrangés en dix ans ont permis des progrès dans le domaine du logement, de l'alphabétisation et de la santé, mais comme aucune richesse n'a été créée, et qu'aucune transformation structurelle de l'activité économique n'a été amorcée, cette politique est bâtie sur du sable, et ses progrès sont d'autant plus fragiles que les déficits budgétaires du Venezuela sont quasi constants malgré le boom des hydrocarbures, que la dette extérieure grimpe, que la masse monétaire a crû gaillardement et que l'inflation n'est guère descendue en-dessous de 20%.

 

Les revenus à l'exportation du pays dépendent à 96% du pétrole, contre 80% il y a dix ans, observe Rory Carroll dans le Guardian du 6 mars, et il ajoute : "Des parasites jouent les flambeurs avec les milliards qu'ils détournent grâce à leurs contacts au sein du gouvernement." De fait, Transparency International classe le Venezuela au 162ème rang des 180 pays dont elle examine les mœurs en matière de corruption. En référence à la révolution bolivarienne incessamment mise en avant par le régime, la population a baptisé ceux qui tirent profit de cette corruption, les "Boligarques". Human Rights Watch a écrit que "sous le régime Chávez, le gouvernement a étendu de manière spectaculaire ses moyens de contrôle des informations diffusées par les media audiovisuels et la presse écrite du pays." Reporters Sans Frontières lui a fait écho et a parlé dans son rapport d'août dernier de "confiscation de la parole publique et de perturbation volontaire de la programmation audiovisuelle." Trente-quatre stations de radio ont été fermées.

 

La plus ancienne chaîne de télévision privée a perdu son autorisation d'émettre par voie hertzienne après avoir diffusé un sujet où l'on voyait le ministre de l'énergie expliquer aux employés de la compagnie pétrolière nationale, qu'ils perdraient leur emploi s'ils ne votaient pas pour Chávez. La dernière télévision à diffusion nationale qui donne la parole à l'opposition s'est vue réclamer une amende de deux millions de dollars pour avoir "encouragé à la haine pour des raisons politiques et engendré l'angoisse dans la population." Ajoutons que sous la présidence d'Hugo Chávez les chaînes de télévision gouvernementales sont passées de une à six.

 

C'est donc avec une certaine impatience que l'on attend de connaître les raisons qui ont poussées Monsieur Lurel à comparer Hugo Chávez à Charles de Gaulle et à Léon Blum, Anne Hidalgo à ne juger cette comparaison "qu'un peu rapide et un peu abusive", et Julien Dray, à voir dans la critique des propos de Monsieur Lurel, "l'expression de la haine de classe de ceux qui ne savent pas ce que Chávez a fait pour son peuple."

 

Les trois conditions constitutives du système totalitaire, telles que les formule Youri Orlov, dans un texte de référence écrit en 1975, sont les suivantes : monopolisation globale de l’initiative économique ; monopolisation globale de l’initiative politique ; monopolisation globale de l’initiative culturelle – avec création corrélative d’un appareil de répression dans les trois domaines. Cette théorie aride a des conséquences qui débouchent sur le mensonge politique et des absurdités dignes de 1984 de George Orwell.

 

Dans La Connaissance inutile, Jean-François Revel rappelle un rare exemple de longévité d'une escroquerie scientifique qui s'imposa de 1935 à 1964. La théorie biologique de Lyssenko fut imposée par un Etat totalitaire à tout un pays comme doctrine officielle. Cependant, le lyssenkisme ne jouit jamais du moindre crédit dans les milieux scientifiques internationaux. Lyssenko niait l'existence des gènes et flétrissait en termes bouffons la "déviation fasciste et trostskiste-boukhariniste de la génétique." Ce fut plus un succès du pouvoir de Staline et de Khrouchtchev que du charlatanisme. Les authentiques biologistes furent persécutés, emprisonnés, déportés, fusillés.  Les manuels scolaires, les encyclopédies, les cours universitaires furent expurgés de toute référence à la science véritable, réputée "science bourgeoise", opposée à la "science prolétarienne". L'agrobiologie de Lyssenko professait l'inutilité des engrais, interdisait les hybridations, puisqu'il était notoire, d'après la doctrine, qu'une espèce se transformait d'elle-même en une autre sans croisement : le seigle en blé, le chou en rave, le pin en sapin et réciproquement. Les rendements chutèrent de plus de moitié. Les effets sur l'agriculture soviétique furent dévastateurs.

 

Plus d'un français sur dix a voté pour Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière élection présidentielle. 

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