Architecture politique, parisienne et nunuche

Publié le par lavendeeautrement

(ou quand la désaffection pour le politique prend sa source dans des faits qui traduisent, sinon la bêtise des puissants actuels, du moins leur je-m’en-foutisme vis-à-vis de nous autres, les gens)

 

Il aurait été cruel de ne pas partager la réjouissante chronique que Philippe Meyer a versé dans nos esgourdes matutinales et néanmoins attentives, le 21 septembre en direct de France Culture :

 

« Le premier ministre, annulant la décision de son prédécesseur, a autorisé l’aménagement piétonnier des voies sur berge de la rive gauche de la Seine entre le musée d’Orsay et le pont de l’Alma. La présentation de ce projet par le maire de Paris a été nappée de rhétorique et les paroles vides grandioses ont coulé sur cette annonce comme le chocolat sur les profiteroles. N’en conservons qu’un modeste échantillon.

 

La municipalité se propose rien moins que, je cite, « de réconcilier les parisiens avec le fleuve ». Dans un dossier très documenté que le magazine de la création architecturale DA a consacré à cet aménagement  en mars dernier, Emmanuel Caille fait observer justement que la plus grande partie des berges de la Seine sont déjà accessibles aux promeneurs sans pour autant être très fréquentées. S’appuyant notamment sur les travaux d’Isabelle Backouche, historienne de la Seine à Paris, le rédacteur en chef de DA rappelle que les parisiens n’ont pas montré pour le fleuve cet amour dont on prétend aujourd’hui qu’ils ont été dépossédés. Plus précisément, la Seine a longtemps été considérée et traitée que comme une voie de communication dont on a incessamment cherché à améliorer la navigabilité, et comme un lieu d’industrie et de labeur où se pressaient blanchisseuses, tanneurs et cuiseurs de tripes. Aucune façade noble, écrit Emmanuel Caille, ne donne sur la Seine qui coula longtemps entre des quadrilatères crasseux et dont les berges furent des lieux de prostitution et d’insécurité, au point que les habitants du quai de gesvres obtinrent la permission de les fermer la nuit par des grilles.

 

Lorsque disparurent les activités portuaires et les métiers dont la Seine était le théâtre d’opération, ce furent les quais, et non les berges, qui furent pensés et aménagés pour la promenade et, c’est parce qu’après-guerre ils ont été envahis par les voitures que seront construites les voies sur berge.

 

Les quais, pour reprendre l’analyse d’Emmanuel Caille, sont les véritables espaces urbains, ceux où se côtoient de magnifiques immeubles d’habitation, les palais, les musées et les parcs, et depuis lesquels le promeneur jouit à la fois du fleuve et de la ville. L’erreur commise par la municipalité est donc de ne pas rendre ces quais aux piétons et à la circulation douce sous le prétexte exprimé en des mots éreintés de nunucherie, d’aménager sur les berges des espaces récréatifs qui, je cite, « mettrons en harmonie créativité, convivialité et diversité créatrice », comprenez des sortes de Paris-plage permanents confiés à des animateurs spécialisés dans le festif participatif. A cette erreur s’ajoute un contre-sens. La circulation va être déplacée d’un lieu conçu pour elle vers un espace habité qu’elle va de nouveau abîmer. A cette sottise s’ajoute une faute.  Les voies sur berge sont l’un des principaux chemins empruntés par les banlieusards pour venir dans Paris. Les en priver, c’est mettre un point d’orgue au processus en cours de fermeture de la capitale sur elle-même, à la constitution de Paris en un réduit réservé aux bourgeois anciens et nouveaux où ils seront assurés d’être au chaud, entre eux, le tout au nom de la diversité, de la mixité sociale et même du socialisme. »

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