Dissoudre les extrêmes dans le bain démocratique

Publié le par lavendeeautrement

Alberto Toscano, journaliste italien et correspondant en France, éclairait les auditeurs de RTL le mercredi 25 avril dernier sur une histoire italienne. Dans les années 1980, un parti ouvertement déclaré néo-fasciste rappelait l’Italie aux heures les plus sombres de son passé. Le rapprochement de cette droite extrême avec la droite modérée a, comme de bien entendu, été combattu, pourfendu, inlassablement critiqué. Jusqu’en France où des appels indignés ont réclamé le boycott du retour des idées de la peste brune. Aujourd’hui, l’absorption de l’extrême droite a non seulement permis qu’elle soit effacée du devant de la scène politique italienne, mais également qu’elle soit pliée au jeu démocratique. Au point que le chef de cette ancienne extrême-droite, Gianfranco Fini, est dorénavant un homme du centre et l’un des plus proches alliés de la gauche italienne. Tout le monde est content. La même chose peut-elle se passer en France ?

 

Créé en 1964, le mouvement d’extrême droite Occident devint Ordre nouveau. L’idéologie de ces groupes rejetait à la fois la démocratie et le « mythe de l’élection ». Parmi les anciens membres on trouve Patrick Devedjian, Gérard Longuet, Alain Madelin, Hervé Novelli, François d’Orcival, Didier Schuller, Patrice Gélinet. Mal partis, ils regrettent un engagement de jeunesse. Mais aucun, dont certains ont occupé de hautes fonctions politiques, n’ont plié la République française vers un régime fasciste.

 

Ainsi, quand Pascal Cherki, élu de la République, Maire du XIVème arrondissement de Paris, écrit mardi soir le message « Au rythme où il va, Sarkozy va terminer la campagne en réclamant l'annexion des Sudètes et de Dantzig et va déclarer la guerre à la Pologne » sur son compte Twitter, il démontre une méconnaissance de l’histoire qui fait douter de sa capacité à comprendre quoi que ce soit. Il n’est malheureusement que l’exemple malheureux de ces élus, de droite et de gauche, qui, au lieu de faire société, la détruise.

 

Pourtant, qui n’a jamais pêché jette la première pierre. François Mitterrand ne désavouerait pas cette parole de l’apôtre Jean, tonton décoré de la Francisque par parrainage de membres d’extrême droite de La Cagoule, déclaré contre l’indépendance de l’Algérie en 1954 et orchestrateur de manipulations de l’opinion comme une fausse tentative d’attentat sur sa personne.

 

Ségolène Royal semblait avoir compris en son temps l’importance de rassembler les efforts en tant de crise. Il faut pour cela dissoudre les extrêmes dans le bain démocratique. Elle avait ainsi proposé que l’adhésion syndicale soit obligatoire pour tous. Le pouvoir s’alimenterait alors de la partie modérée qui est moins folle, moins vindicative, moins irréfléchie. C’est ainsi que le pouvoir syndical allemand s’est mué en une force de construction de l’avenir pour tous au lieu d’une chasse gardée des avantages passés de certains.

 

Finalement, ‘Mettre de l’eau dans son vin’ et ‘L’union fait la force’ ne sont pas de vaines maximes.

 

Il convient d’y réfléchir sérieusement. Un journaliste rapportait cette semaine qu’à Rennes (Ille-et-Vilaine), des élèves d’une école privée ont été interdits de visiter  le Conservatoire de l’école publique, qui raconte l’école à l’époque de Jules Ferry. "Nous ne voulons pas que les élèves de l’enseignement catholique puissent accéder à notre Conservatoire… Nous défendons l’école publique et il n’est pas question d’accueillir des élèves du privé", explique le président de l’association des Délégués départementaux de l’éducation nationale (DDEN 35), alors même que ce musée bénéficie d’un financement public.

 

Communautariser un pays n’a jamais conduit qu’à rendre les votes haineux et les comportements sectaires. La solution n’a jamais été de s’intéresser au peuple au moment d’une élection. Mais une telle construction impose l’humilité de la faire pour demain, c’est-à-dire d’accepter que nos efforts serviront la vie de nos enfants et pas les nôtres. Aucun politique à ce jour ne s’est montré capable de l'abnégation nécessaire. Ces efforts ne sont pas un sacrifice, ils sont l’acceptation que les changements humains ne sont pas un slogan au service d’un parti, ils doivent être la raison de l’engagement quotidien au service des autres.

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