éloge de l’inégalité

Publié le par lavendeeautrement

Le monde est compliqué. Malheureusement la complexité n’est devenue admise qu’en laboratoire, une affaire de scientifiques à binocles. Elle est pourtant l’écheveau de nos civilisations, elle gouverne le monde et, n’en déplaise aux hommes, elle leur rend inaccessible la connaissance des choses sans un effort conséquent.

 

L’éloge de la simplicité que l’Internet propage donne l’impression que tout est compréhensible, à la portée de tous. Ce sentiment que tout est à portée de main en un clic fait croire que l’on sait. La simplicité gagne l’édition. Eric Vigne, responsable du secteur ‘Essais’ chez Gallimard, ne cache pas une certaine préoccupation dans Le Monde du 24 juin 2011 : « En publiant sous forme de livres des textes qui ressemblent à des articles de journaux, nous prenons le risque d’accréditer aux yeux des lecteurs que tout peut-être dit en 100 pages. »

 

Seulement nous ne sommes ni égaux ni à même de comprendre l’insondable étendue de ce qui nous entoure sans fournir un effort au moins égal à la difficulté.

 

L’égalité n’existe pas. D’ailleurs comment le pourrait-elle ? Naître en Somalie ou à New-York, parents riches ou parents pauvres, fille d’Obama ou fils d’intouchables, la nature et le hasard président à la difficulté du parcours des destins. Un journaliste avait demandé à Arnaud Lagardère ce qui les séparait alors qu’ils avaient le même diplôme : faut-il répondre ? En outre, des mouvements prétendus citoyens et solidaires de tous bords sèment l’impression que l’égalité est et même devrait être. L’égalité d’accès peut-être. Mais peut-on même réellement prétendre à celle-ci ? L’humanité ne comptera que peu de Mozart, de Bob Beamon, de Vermeer, et ne doit-on pas se réjouir que l’inégalité permette ainsi l’indicible jouissance de pouvoir témoigner de l’extraordinaire et du beau ?

 

Le plus effrayant se niche dans la combinaison perverse d'un orgueil infini qui prétend tout comprendre et que cette prétention se prolonge par l'auto-proclamation de n’importe qui en juge. On oublie trop souvent que quand le peuple est roi, la populace est reine. L’Histoire regorge de ces moments de bonheur. On se rappellera les belles heures de la Terreur des révolutionnaires français, la vie en Allemagne présidée par Hitler, les chasses à l’homme post-électorales en Afrique noire, ou encore, la Genève de Calvin, les persécutions Cathares, le mémoires du moine tibétain Pälden Gyatso, les Bouddhas de Bâmiyân détruits par les talibans. Refuser l’inégalité conduit souvent au pire. On aime aujourd’hui rappeler que les façons de penser sont aussi différentes qu’il existe des ‘cultures’ ; une fonctionnaire des Nations-Unies écrivait récemment que ‘8 africains sur 10 de la région subsaharienne semblent penser que Kadhafi était un bon leader, que les Occidentaux ont monté son peuple contre lui et qu’il est victime d'un complot... C’est choquant surtout quand des fonctionnaires internationaux expriment ce genre d' opinion...’

 

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà pensait Pascal, éloge de l’inégalité.

 

Il existe peu d’hommes qui permettent d’appréhender le monde tel qu’il est. Mais qui s’en soucie ? Qui les lit ? Prenez Alexis de Tocqueville par exemple. Dans le « Premier mémoire sur le paupérisme » rédigé en 1835, il notait : « A mesure que le mouvement actuel de la civilisation se continuera, on verra croître les jouissances du plus grand nombre ; la société deviendra plus perfectionnée, plus savante ; l’existence sera plus aisée, plus douce, plus ornée, plus longue ; mais en même temps, sachons le prévoir, le nombre de ceux qui auront besoin de recourir à l’appui de leurs semblables pour recueillir une part de tous ces biens, le nombre de ceux-là s’accroîtra sans cesse. » Nous sommes prévenus.

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