Etrangers, immigration, intégration : contribution à une plus grande générosité

Publié le par lavendeeautrement

 

La récente étude de Gilles Kepel (4 octobre 2011) démontre que, à Montfermeil et à Clichy-sous-bois, l’Islam a relayé la République dans la structuration des relations sociales. Etonnamment, le troupeau des prétendants aux sièges de pouvoir de la République n’a pas commenté « l’enquête qui dérange » (Le Monde du 4 octobre 2011). Au-delà des conclusions de l’étude, la responsabilité de la faillite de l’Etat incombe à ceux qui, depuis trente ans, s’en sont vu confier les clés. La pire de leurs erreurs est de convoquer les Français sans les connaître bien.

 

Il ne faut pas stigmatiser l’Islam. Le drame de l’étude, ce n’est pas tant qu’une société s’organise au cœur de la République hors de ses valeurs, mais que ce drame démontre l’incompétence de nos gouvernants et leur lâcheté de ne pas la reconnaître. A l’instar de la crise bancaire : si la désorganisation de la société n’est pas la cause des malheurs de la République, les agences de notation ne sont pas la cause des problèmes d’endettement du pays ; elles n’en sont que les révélateurs. Un thermomètre est-il responsable de la fièvre qu’il détecte ?

 

Il ne s’agit pas de stigmatiser l’immigration. Quoi qu’en dise les Cassandre des mouvements de population, l’immigration aujourd’hui est trop faible. Elle est un des leviers qui permettra de faire face à la bombe des retraites et de son corollaire, la dépendance ; le risque de la dépendance mettra les finances du pays à genoux et fera des retraités d’aujourd’hui des Rockefeller comparés à ceux de demain.

 

Comme Marc Bloch aimait à le rappeler, la compréhension du présent repose sur la connaissance du passé. Donc, il serait injuste et ce serait montrer de l’ignorance de s’en prendre à la « Banlieue de la République » (titre de l’étude de Gilles Kepel). L’intégration est ardue. Il n’a pas été facile pour la France de fédérer ses propres régions. Les grands-pères de nos grands-pères ne se considéraient pas français. L’intégration des Européens, ceux qu’on appelait délicatement des « Cloutjes » (Belges), des « Christos », des « Ritals » et autres « Polaks » n’a pas été plus évidente bien qu’on veuille nous le faire croire en revisitant l’histoire. Il faut du temps pour apprendre à vivre ensemble. Nos générations de l’avion, de l’information, de la vitesse viciées par les nouveaux prophètes de l’alter mondialisation, des organisations de défense de toutes sortes et des anti tout, oublient que l’intégration est en marche, qu’elle fonctionne mais qu’il faut des générations pour qu’elle s’accomplisse. Il faut accepter que nous ne témoignerons ni du résultat de nos ambitions ni de nos espoirs.

 

Une génération correspond grossièrement à trente années. Les historiens  relèvent que trois à cinq générations sont nécessaires à une intégration complète. Les exemples qui suivent traitent de la France depuis deux siècles. Donc ils couvrent de six à huit générations. A vous de conclure.

 

En 1794, l’abbé Grégoire écrivit un rapport sur « la nécessité et les moyens d’anéantir le patois et d’universaliser l’usage de la langue française ». Il est le premier parlementaire à vouloir se faire une représentation de la France. Il lança des questionnaires à travers le pays pour en évaluer les disparités et les unions linguistiques. A mesure que les réponses lui parvenaient, la vision d’un pays uni commençait à ressembler à la construction imaginaire d’une petite élite parisienne. De grandes parties de la France n’avaient de français que le nom. Bien des visiteurs étrangers assuraient que le latin leur était plus utile que la langue nationale. « Il règne une telle confusion d’idées que, de mots et de sons dans la prière que les pères de famille prononcent, le soir, en commun, qu’elle n’est intelligible que pour l’Etre suprême, auteur de toutes les langues. » A une époque où le français était l’idiome de l’Europe civilisée, la France proprement dite ne comptait pas plus de trois millions de francophones « purs » (soit 11% de la population), et de ceux-là, beaucoup étaient incapables de l’écrire correctement. La langue officielle de la République française était une langue minoritaire. Soixante-dix ans après son rapport, tandis que les statistiques officielles tenaient quiconque avait fréquenté l’école quelques jours ou articulait trois mots de français pour un locuteur confirmé, il fut établi que dans cinquante-trois des quatre-vingt-neuf départements, une grande majorité de communes n’était pas francophone. Alors que les mots attestaient par eux-mêmes la richesse et la vitalité des patois et l’appauvrissement du français officiel de l’Académie, ils étaient traités à la manière d’une ressource naturelle que la langue dominante pouvait piller à loisir. Aucun ne fut admis dans le dictionnaire de l’Académie française. Lorsque des omnivores linguistiques comme Balzac reprenaient dans leurs écrits des termes dialectaux, on les accusait de souiller la langue de la civilisation.

 

En 1880, on estimait qu’environ huit millions de citoyens parlaient le français plus ou moins couramment (soit à peine plus d’un cinquième de la population). Dans certains cantons, les préfets, médecins, prêtres et gendarmes se trouvaient aussi dépourvus que des fonctionnaires coloniaux face à des indigènes et en étaient réduits à faire appel à des interprètes.

 

François Marlin, un marchand de Cherbourg parcourut plus de trente mille kilomètres entre 1775 et 1807. Il distinguait aussi aisément les commis voyageurs dînant à la taverne d’Auch que des chiens de races différentes : « Le Lyonnais […] a le verbe haut, l’organe clair et sonore ; il parle avec esprit, mais il est tranchant ; hardi et sa bouche est sale et effrontée. Le Languedocien est doux, poli et porte un front ouvert. Le Normand écoute plus qu’il ne parle. Il est défiant et incite à la défiance. » Sommes-nous différents ? Le Guide Bleu de 1977 relève par exemple : « C’est peut-être au rythme des saisons et à l’incertitude du climat que le Normand doit ses réponses balancées » ; « Ils avaient des chapeaux ronds et gardent la tête dure, les Bretons » ; « Au pays de la tauromachie et du rugby [le Languedoc], les passions finissent toujours par avoir raison. »

 

Un dossier des archives départementales du Lot décrit les violences qui opposèrent des communes voisines entre 1816 et 1847 : « scènes sanglantes, combats, désordres, blessures graves, traités de paix et rumeurs de guerre ». Les villageois préféraient régler leurs différends en batailles rangées que perdre leur temps et leur argent dans les tribunaux. La petite cité de La Bresse, dans une vallée des Vosges occidentales, garda ainsi ses prérogatives judiciaires et législatives jusqu’à la Révolution. Un géographe rapportait en 1832 que « les juges de cette ville, quoique lourds et grossiers en apparence montraient beaucoup de bon sens ». Un avocat de passage ayant cité dans son plaidoyer des textes latins du code et des lois se vit infliger une amende par les magistrat « pour [s’]être avisé de [leur] parler un idiome inconnu » et la cour lui donna quinze jours pour apprendre à plaider selon la coutume de La Bresse.

 

L’écrivain Jean Teulé expliquait à la radio en 2010 que, étant jeune, il avait déménagé du sud de la France au nord, en Normandie, où son père avait conduit sa famille. De son accent méridional mal interprété, les villageois avaient déduit que son père était un agent à la solde des soviétiques : il fut considéré par la foule avec la même intime conviction qui conduisit Ethel et Julius Rosenberg sur la chaise électrique en 1951.

 

A la fin des années 1920, les étrangers sont plus de 3 millions, soit plus de 7 % de la population totale : un record. Mais l’assimilation n’est pas simple. L’historien Daniel Lefeuvre le rappelait en 2006 : « invoquer l’assimilation aisée des immigrés européens – pour l’opposer aux échecs subis par les « indigènes » des colonies – revient à évoquer un passé mythique, à procéder à une reconstruction imaginaire. Cette fiction repose, d’abord, sur une absurdité méthodologique car, pour témoigner de cette assimilation réussie, on invoque l’exemple de ceux qui, justement, ont  réussi à s'intégrer. Mais la masse de ceux qui n'y sont pas parvenus est escamotée. Or, si l’on peut estimer « à 3 500 000 l’effectif des migrants transalpins qui ont pris, entre 1870 et 1940, le chemin de la France […] le nombre de ceux qui ont fait souche ne dépasse guère 1 200 000 ou 1 300 000 personnes ». Autrement dit, malgré tous les facteurs de proximité entre les peuples latins, que l’on met en avant pour expliquer la facilité avec laquelle les migrants italiens se seraient intégrés dans la société française, près des deux tiers ont été ou se sont senti rejetés. Les Polonais n’ont pas connu un sort très différent : pour 466 000 entrées enregistrées entre 1920 et 1939, les statistiques françaises recensent 42 % de rapatriements. Il s’en faut donc de beaucoup que tous les immigrés européens se sont fondus dans le creuset français. »

 

Au XIXème siècle, l’une des injures tribales les plus courantes étaient « sarrasin ». Elle était adressée à des dizaines de communautés différentes, du Pas-de-Calais à la vallée de la Loire en passant par l’Auvergne, et de la pointe de la péninsule de la Gironde aux Alpes savoyardes. Les burhins et les chizerots sur les deux rives de la Saône et en Bourgogne étaient traités de « sarrasins » parce qu’ils étaient petits et bruns et « faisaient usage pour leur maladie du frottement et du broiement que les orientaux nomment massage ». A cette échelle locale, le fleuve de l’histoire est un flot paresseux troublé de contre-courants et d’abîmes cachés. A l’été 2004, des parois rocheuses bordant la route escarpée qui, du Val-d’Ajol, grimpe vers le nord, étaient tapissées d’affiches politiques exhortant une population que l’on tenait autrefois pour sarrasine à dire « Non à l’islamisation de la France ». Pour une partie de ses habitants, la France tribale est encore un pays dangereux et divisé.

 

Pour conclure, rappelons la pensée éclairante de Claude Lévi-Strauss qui écrivait qu’ « il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu’elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale ; dans ces matières, le progrès de la connaissance n’a pas tellement consisté à dissiper cette illusion au profit d’une vue plus exacte qu’à l’accepter ou à trouver le moyen de s’y résigner. »

 

L’ethnologue ajoutait ce que les chantres de l’égalité à tout prix devraient méditer, à savoir que « la simple proclamation de l’égalité naturelle entre tous les hommes et de la fraternité qui doit les unir, sans distinction de races ou de cultures, a quelque chose de décevant pour l’esprit, parce qu’elle néglige une diversité de fait, qui s’impose à l’observation et dont il ne suffit pas de dire qu’elle n’affecte pas le fond du problème pour que l’on soit théoriquement et pratiquement autorisé à faire comme si elle n’existait pas. Ainsi le préambule à la seconde déclaration de l’Unesco sur le problème des races remarque judicieusement que ce qui convainc l’homme de la rue que les races existent, c’est l’ « évidence immédiate de ses sens quand il aperçoit ensemble un Africain, un Européen, un Asiatique et un Indien américain ».

 

Il concluait merveilleusement en rappelant que « c’est le fait de la diversité qui doit être sauvé, non le contenu historique que chaque époque lui a donné et qu’aucune ne saurait perpétuer au-delà d’elle-même. Il faut donc écouter le blé qui lève, encourager les potentialités secrètes, éveiller toutes les vocations à vivre ensemble que l’histoire tient en réserve ; il faut aussi être prêt à envisager sans surprise, sans répugnance et sans révolte ce que toutes ces nouvelles formes sociales d’expression ne pourront manquer d’offrir d’inusité. La tolérance n’est pas une position contemplative, dispensant les indulgences à ce qui fut ou à ce qui est. C’est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à comprendre et à promouvoir ce qui veut être. La diversités des cultures humaines est derrière nous, autour de nous et devant nous. La seule exigence que nous puissions faire valoir à son endroit (créatrice pour chaque individu des devoirs correspondants) est qu’elle se réalise sous des formes dont chacune soit une contribution à la plus grande générosité des autres. »

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Le pédagogue 24/09/2015 16:25

Le pédagogue :


D’origine dite « arabo-musulmane », issus du processus migratoire, ils sont fiers d’être intégmilés (contraction des mots « intégrés » et « assimilés »), de con-tribuer à con-solider « lalla cité » (la laïcité), et à con-forter la Ré-pub-lique.
─ « Voyez-vous, la broublimatic (la problèmatique) de lisse-lame (l’Islaam) est à situer dans le con-texte économico-politique, socio-culturel, historico-linguistique, sans négliger les caractéristiques géographico-climatiques et les aspects de représentation et autres.
Sou finoumiine (ce phénomène) où tout s’enchevêtre et où la confusion règne, s’analyse forcément, à plusieurs degrés.
Li broumii digrii (le premier degré) se divise en trois points qui eux-mêmes se subdivisent en trois catégories.
Le premier degré du premier point dans la première catégorie, soulif (soulève) ce que le con-frère appelle, en usant d’une sémantique connue, les « hachchachines », les assassins c'est-à-dire les tirouristes » (terroristes).
Pendant qu’un « cifilizi » (civilisé) débite ces inepties, sa conne-sœur aux charmes plus lucratifs que les siens, même s’il est très demandé, salive devant les caméras sur le mariage des homosexuels et des lesbiennes, évolution de l’humanité balbutie-t-elle, due à la gauche.
Dans des émissions télévisées, des femelles de ces « spécimens », « femmes libérées » comme il se doit, sont exposées sur les plateaux, prêtes à tout pour con-vaincre les téléspectateurs et les téléspectatrices, de leur évolution cul-turelle et de leur large ouverture.
Des chro-niqueurs et chro-niqueuses sexe-tasient (s’extasient).
Les patrons de ces émissions (et d’autres), « des français de souche », (installés en France avant les « arabo-musulmans ») brandissent comme des trophées, ces « beurettes » des colonies, des ghettos (les cités), bonnes à tout faire, intégmilées, à qui la métropole, « généreuse », a permis de « réussir ».

Nadau 22/10/2011 22:57


c'est lumineux, mais la lumière éclaire t elle autre chose que ce qui est connu?