L'illusion du choix

Publié le par lavendeeautrement

Après la multiplication des promesses et des rêves qu’aucune élection n’épargne aux électeurs en quête d’un avenir meilleur, glissons le vice, soyons piquant, introduisons le soupçon que ces animaux tendres qui ont tant rêvé sont moins libres qu’ils ne le croient. Ce sont des mouches du coche qui s’ignorent. Démonstration :

 

En 1983, 90% de l’industrie américaine des media étaient contrôlés par 50 compagnies, aujourd’hui, elles ne sont plus que 6 (voir ci-dessous pour la liste) à contrôler ce que les Américains voient, entendent et considèrent important. Le chiffre d’affaires de ces 6 entreprises en 2010 s’élevait à 275.9 milliards de dollars US.

 

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232 professionnels des media contrôlent donc l’information de 277 000 000 d’Américains.

 

Ces 6 entreprises possèdent 70% du réseau télévisé ; 3762 entreprises se partagent les 30% restant.

 

Quant à la radio, 80% de tous les programmes sont similaires et se répètent donc en boucle, inlassablement. Par exemple, ‘Mrs Robinson’ a été joué 6 millions de fois, soit 32 années de la même chanson en continu.

 

AOL a déboursé 124 milliards de dollars pour acquérir Time Warner en 2001, ce qui équivaut à six fois plus d’argent que le Congrès américain a alloué pour reconstruire l’Irak.

 

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Le schéma ci-dessous traduit pour le consommateur le divin empilage des professionnels du marketing. Il montre que dix compagnies contrôlent aux Etats-Unis presque la totalité de ce que le consommateur croit être son choix.

Company map

 

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En 1928, Edward Bernays écrivit ‘Propaganda’. Le neveu de Sigmund Freud exposait alors cyniquement et sans détour les grands principes de la manipulation mentale de masse ou de ce que Bernays appelait la « fabrique du consentement ».

 

Comment imposer une nouvelle marque de lessive ? Comment faire élire un président ? Dans la logique des démocraties de marché, ces questions se confondent.

 

Bernays assume le constat : les choix des masses étant déterminants, ceux qui parviendront à les influencer détiendront réellement le pouvoir.

 

« [L’audiovisuel] engendre des comportements grégaires et non, contrairement à une légende, des comportements individuels, écrit Bernard Stiegler, directeur de l’Institut de recherche et d’innovation du centre Georges-Pompidou. Dire que nous vivons dans une société individuelle est un mensonge patent, un leurre extraordinairement faux. […] Nous vivons dans une société-troupeau, comme le comprit et l’anticipa Nietzsche. » [Dans son ouvrage posthume La Volonté de puissance, Nietzsche écrivait : « Jadis le moi se cachait dans le troupeau, à présent c’est le troupeau qui se cache au fond du moi. »]

 

Cette propension au regroupement, au foulisme, serait, selon Bernays [Edward Louis Bernays (1891-1995) considéré comme l’un des personnages les plus influents du XXème siècle par le magazine Life], disciple de Gustave Le Bon, de Tarde et de Wilfred Trotter, une tendance lourde, l’individu cherchant épisodiquement à ce fondre dans le collectif, à s’oublier dans la masse : « La solitude physique constitue une réelle terreur pour l’animal grégaire, et son immersion dans le troupeau lui procure un sentiment de sécurité. Chez l’homme, cette crainte de la solitude suscite un désir d’identification avec le troupeau et avec ses opinions. »

 

Chez toutes ces foules, volonté et discernement se trouveraient, d’après Le Bon, partiellement abolis. L’auteur avance en effet que, dès lors qu’il se trouve au sein d’une foule, l’individu se défausse progressivement de sa personnalité pour devenir une simple cellule de l’entité constituée, aliénant de la sorte libre-arbitre et esprit-critique. « Par le seul fait qu’il fait partie d’une foule, l’homme descend plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. »

 

« Le dictateur n’est qu’une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables ». Selon Hannah Arendt, « le Troisième Reich s’appuyait sur un million et demi de führers »… « Pour Arendt, précise Luc Ferry, la solution finale aurait été pour l’essentiel l’œuvre de fonctionnaires ‘moyens’, simples rouages anonymes d’une vaste entreprise technico-bureaucratique, en marge de laquelle ils poursuivaient avec leur famille une vie normale. » Or, affirmait notre Cassandre dès 1913 : « Le danger de l’autocratie ne réside pas tant dans l’autocrate lui-même que dans les milliers d’individus se partageant son pouvoir et l’exerçant chacun comme un petit despote… »

 

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On pourrait se dire que la poussée des extrêmes combinée aux arguments ci-dessus peut légitimement inquiéter. Car le dépôt dans l’urne d’un bulletin trop à droite ou trop à gauche ne traduit ni une poussée de nazisme ni une poussée de communisme. En revanche, elle montre que la foule murit et que l’explosion n’en sera que plus terrible. Je renvois ceux qui doutent aux émeutes de Londres de 2011 comme séisme. Ou encore au mardi 16 août 1870 quand Alain de Monéys, jeune Périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et mangé.

 

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L’événement redouté par les prospectivistes est la crise parfaite (métaphoriquement qualifié d'ouragan parfait) ; c'est la crise ultime incluant une crise écologique de grande ampleur ou une guerre mondiale. Ce scénario-catastrophe était considéré comme très improbable ou complètement irréaliste par les gouvernants anglais et leurs conseillers en 2007. Début 2009, il ne l'était plus. Le « Big collapse » n'est plus considéré comme improbable ni lointain par un certain nombre d'experts, dont le prospectiviste anglais Sir Jonathon Porritt qui, peu après le discours de John Beddington, premier conseiller du gouvernement, a pour sa part estimé que Beddington était trop optimiste et que la date du collapsus général serait plutôt proche de 2020 que de 2030.


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Clovis Simard 24/09/2012 02:08

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