La face méconnue d’Adolphe Thiers

Publié le par lavendeeautrement

L’histoire peut souvent éclairer, nuancer voire illustrer le présent. Et pourtant, qui se souvient d’Adolphe Thiers (1797-1877), cet homme à la voix épouvantable, très nasillarde ? A son premier discours devant l’Assemblée, tout le monde en a ri, chuchotant « ce n’est pas possible, ce gars-là ne fera pas carrière ! ». Il devint pourtant l’un des plus grands orateurs du siècle. Il fut également le premier président de la Troisième République et celui qui écrasa la Commune de Paris en 1871. Il démissionna de la présidence en 1873, il avait 75 ans. Premier journaliste à faire tomber un régime - La Restauration - et premier journaliste à devenir chef de l’Etat.

Fort petit de taille, on s’en moquait. Alors qu’il vient de finir un discours à l’Assemblée, il redescend vers sa travée. Gambetta monte à son tour et voit un crayon sur le pupitre : il le tend à Thiers en lui disant devant les députés réunis « Monsieur ! je crois que vous avez oublié votre canne. »

La palme du surnom revient à Flaubert qui le traita d’étroniforme ; mais on l’appela indifféremment Foutriquet, l’infâme vieillard, le nain grotesque, Tamerlan (du nom de l’implacable guerrier turco-mongol du XIVe siècle), le croque-mort de la nation, crapaud venimeux, Adolphe le petit, vieux pandour (un pandour était un milicien des armées austro-hongroises ou un mercenaire des pachas turcs ; "Pandur" est un village de Hongrie), bandit sinistre, général boum, etc. Balzac s’est inspiré de Thiers pour créer Rastignac, image fidèle de l’ambitieux, prêt à tout pour parvenir à ses fins, un arriviste aux dents longues. On ne s’étonne pas alors d’apprendre qu’il a dit de Napoléon III : «  Je le soutiens parce qu’il est nul et je prendrai sa place » et « C’est un crétin qu’on mènera » ; Talleyrand (surnommé le Diable boiteux) l’admirait, louait son intelligence et en fut le protecteur.

Quand Thiers était président de la république il se laissait un peu aller, et un jour devant le peintre Cornélia Jacquemart, il péta. Elle, choquée, se retourna vers lui qui lui dit « Ah mais adressez-vous au ministre de la guerre ! » Ce à quoi elle répondit : « Monsieur, vous n’êtes pas assez constitutionnel pour avoir un ministre responsable. » Edmond de Goncourt  dira qu’elle était "une peintresse, petite créature ratatinée qui a l'air d'un de ces singes au chapeau pointu".

Alors Ministre de l’Intérieur, Thiers convoqua le préfet de police pour transmettre une lettre à son ami qui possédait le château de Grandvaux : une vingtaine de gaillards devaient s’y rendre pour le week-end, « ils mangent bien, boivent bien, chassent mal et nous allons faire la fête chez toi. Il faut préparer le château et bien sûr, ‘je fournirai le sérail des dames’ ». Ils firent une fête incroyable. Thiers se présenta au cours de la nuit nu sous une couverture et se mit à déclamer des poèmes douteux puis alla se coucher. Les autres refusèrent de le suivre et se rendirent dans le parc faire un charivari sous sa fenêtre. La fenêtre s’ouvrît alors, un domestique plaça deux bougeoirs de par et d’autre et le ministre du juste milieu tournant le dos montra ses fesses. Ce fut dans tous les journaux et la presse internationale. Chateaubriand mentionne l'anecdote dans ses Mémoires : « On peut faire fi du sérieux et des grandeurs de l’âme, mais il ne faut pas le dire, avant d’avoir amené le monde subjugué à s’asseoir aux orgies de Grand-Vaux ».

Pour son « Histoire de l’Empire et du Consulat » il toucha cinq cent mille francs – un ouvrier touchait six cents francs par an. 850,000 volumes furent vendus.

En mai 1848, les détenteurs de capitaux retirent leurs fonds des banques qui manquent alors de liquidités pour consentir des prêts. Le nombre de chômeurs augmente. Les Ateliers nationaux, destinés à fournir du travail aux chômeurs parisiens, comptent 115 000 inscrits. Les rentiers et les bourgeois s'exaspèrent de devoir entretenir un nombre croissant de chômeurs. Mais en réalité leur coût est inférieur à 1 % du budget du gouvernement. En juin 1848, le peuple de Paris se soulève pour protester contre la fermeture des Ateliers nationaux. Chef lors de la répression de la Commune en 1871, Thiers n’était pas sanguinaire. Mais un de ses généraux, Gallifet (devenu un grand républicain par la suite), fit arrêter un convoi de prisonniers qui partait vers Versailles. « Que ceux qui ont des cheveux blancs sortent des rangs : vous avez connu juin 1848, vous êtes donc plus responsables que les autres ! » Et il les fit tous fusiller.

Président du Conseil, Thiers est absent pour son entrevue avec Louis Philippe. Après que le ministre de l’intérieur lui ait dit ne pas savoir où trouver le président, ce dernier lui dit d’envoyer un messager rue Vaugirard. Le ministre s’y rend lui-même. Ne sachant pas le numéro de l’appartement, il se met à appeler dans la cour de l’immeuble « Adolphe ! Adolphe ! ». Une fenêtre s’ouvre et Thiers, nu, lui répond alors « J’arrive ! » Une fois aux Tuileries, il s’excuse devant le roi à qui il dit « Sire, je me préparais ». Et Louis Philippe laissa tomber « et bien, excusez-moi d’avoir interrompu vos préparatifs ».

Evidemment, toute ressemblance avec un événement ou une personnalité contemporains serait fortuite.

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