La mort des vieux ? En silence svp.

Publié le par lavendeeautrement

Même si l’on vit de plus en plus vieux, on le vit de plus en plus mal.

Les caïds des palais de la République avaient pourtant annoncé le cinquième risque comme un des problèmes les plus urgents. « En France », disaient-ils, « la question de la prise en charge de la dépendance des personnes âgées se pose avec d’autant plus d’acuité que l’on estime aujourd’hui qu’une personne sur quatre issues des générations du baby-boom aura à en souffrir ». La dépendance en est restée là. Petite statistique de rapport administratif. Heureusement elle a suscité réflexion. Dieu que de colloques résumés par des ‘ils ont dit’, ponctués par autant d’‘ils ont écrit’, et pour quoi faire ? Rien. Enfin, presque. Le résultat de cette indifférence feutrée conduit chaque année près de 3 000 personnes de plus de 65 ans à mettre fin à leurs jours. Ce tas de cadavres sans nom représente un tiers des 10 499 suicides notés par l’Inserm en 2009 rappelle le journal La Croix. En France, le taux de suicide double chez les 75-84 ans et quadruple chez les 85-94 ans. "Le suicide du vieillard ne scandalise ni ne fascine", constate le psychiatre Michel Debout. "un sentiment d’inutilité plus prégnant que par le passé", explique Godefroy Hirsch, médecin généraliste en milieu rural ; "Les gens nous demandent : 'À quoi ça sert ?', ils nous disent : 'Ça ne vaut plus le coup'".

Rassurez-vous bonnes gens, les vieux d’ici sont aussi bien traités ailleurs.

Les survivants de la Shoah vivent certes jusqu'à un âge avancé (88% sont âgés de plus de 75 ans), mais leur qualité de vie est basse. Près d’un quart d’entre eux vit sous le seuil de pauvreté et 40% se sentent très isolés.  «J'appelle les responsables, et à leur tête le ministre des Finances, à satisfaire de suite les besoins nécessaires.» a lancé en 2012 Elazar Stern, le président de la Claims Conference, la Conférence sur les restitutions matérielles juives. Mais les budgets diminuent drastiquement. Le quotidien israélien Ynet a révélé que la Société pour la localisation et la restitution des biens des victimes de la Shoah, l’agence officielle de restitution de l’Etat d’Israël, a été contrainte de réduire ses allocations mensuelles pour 10.000 de ses bénéficiaires. Par manque de fonds disponibles, l’allocation est passée de 400 à 80 dollars par mois. Pour l’ancien responsable des retraites au ministère israélien des Affaires sociales, Avi Bitsour, «le fait que près de 50.000 rescapés de la Shoah vivent sous le seuil de pauvreté est insupportable alors que les caisses de la Claims Conference disposent d'un milliard de dollars qui devraient être utilisés au profit des survivants». En attendant on cause encore en souhaitant une réforme de la politique de redistribution.

Qui chantera encore :

C'est pour cela jeunes gens
Qu'au fond de moi s'éveille
Le désir charmant
De devenir vieille

C'est pour pouvoir leur dire à ces matrones
Qui mille fois m'ont condamnée
"Comment voulez-vous que l'on vous pardonne
Vous qui n'avez même pas péché".

On pourrait s’alarmer de l’indifférence crasse qui détourne des vieux, des pas médiatiques, des pas intéressants. Mais quand la priorité de rentrée d’un gouvernement consiste à trouver du boulot à quelques dizaines de Roms au lieu de trimer pendant juillet et août sur l’avenir des trois millions de chômeurs de France, doit-on s’étonner d’être envahi par l’absurde ?

On accepte volontiers de convoquer Hitler et ses massacres pour s’indigner de la moindre bêtise, pour intimider son interlocuteur ou plus souvent pour masquer une réflexion indigente, mais quelles consciences se sont alarmées du sort de ses victimes pour les sauver d’une double peine ? Vous je ne sais pas, mais moi, j’ai honte.

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