Le lai citoyen ou la complainte de Saint-Ouen

Publié le par lavendeeautrement

La Déclaration des Droits de l’homme dispose :

Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée (Article 14).

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration (Article 15).

 

Mis en alexandrins, le rapport de la Chambre Régionale des Comptes d’Île-de-France sur la gestion de la commune de Saint-Ouen dans la Seine-Saint-Denis montre l’utilité de la culture générale dans l’enseignement des sciences politiques. Merci à nouveau à l’auditeur des chroniques matutinales de Philippe Meyer qui a récité le 16 avril sur France Culture ce lai citoyen.

 (http://www.ccomptes.fr/fr/CRC13/documents/ROD/JF00123118_JF_INTERNET1.pdf )

 

 

O combien d’incuries, d’irrégularités,

En un seul lieu maudit peuvent se rassembler

Pour que les Erinyes* qui châtient les vilains

Sachent bien qui tu es, je crie ton nom : Saint Ouen !

 

Ah, je vois que mon sang déjà trop échauffé

Fait perdre à mon esprit sa langue modérée,

C’est pourtant par raison, d’un ton froid et rassis,

Qu’il me faut rapporter tout ce qui fut instruit.

 

Contribuable électeur voici donc point par point

Le type de gestion qu’on pratique à Saint-Ouen.

Comptes sacrés, je vois par bien des turpitudes

Qu’on a porté atteinte à votre exactitude.

 

Ici, d’anciens actifs datant du temps d’Achille

Viennent gonfler à point les comptes de la ville.

Là, des pénalités imputées dans la dette

Minorent la dépense et la juste recette.

 

Et quand aux provisions dont le seul nom effraie,

Il n’en est plus question au moment du budget.

Ici le peuple est pauvre et la commune est riche,

Le produit de l’impôt sur le ménage est chiche,

 

Les entreprises paient le plus gros des ressources

Mais la réforme vient réguler cette source.

Cependant que les frais de fonctionnement

Continuent d’augmenter à un rythme haletant.

 

De la dette l’encours** déjà considérable

S’accroît d’une façon bientôt insoutenable.

Mais d’où vient tout ce bruit ? Quels sont ces grands travaux ?

En tous lieux sont construits logements et bureaux.

 

Pourquoi pas ? Mais la S.E.M. ***, gagée par la commune,

A-t-elle anticipé des revers de fortune ?

Déjà bien des surcoûts ont grevé les bilans,

Parfois les acheteurs se retirent des rangs.

 

La commune pourtant dans un mol abandon

Surveille de très loin ces opérations.

Année après année, des flots toujours nouveaux

Viennent grossir les rangs des agents communaux.

 

Ils étaient moins de mille, et par tous ces renforts

Ils sont mille cinq cents dans le présent rapport.

Il faut qu’ils soient nombreux car les jours de vacances,

Flanqués ici et là de trente jours d’absence,

 

Viennent diminuer comme peau de chagrin

La durée du travail des agents de Saint-Ouen.

Là, des primes sans texte, ici des logements,

Sont grassement payés par l’or des habitants

 

Venons-en maintenant au parc automobile.

Dieu, combien de trajets hors les murs de la ville :

Oh ! voyage, Oh ! loisir, Oh autoroute du sud !

Si c’étaient des avions sous quelles latitudes ?

 

Ni délibération ni ordre de mission,

L’intérêt communal comme explication

Apparaîtrait fragile, et si c’est bien le cas,

Je renie aussitôt mes vœux de magistrat !

 

Dans les marchés publics où règne la licence,

Le guide des marchés brille… par son absence.

Dans la belle expression ‘procédure adaptée’,

Le mot de procédure est hélas ignoré.

 

Enfin, il apparaît qu’en vendant à vil prix,

D’insalubres logis pour qu’ils soient rebâtis,

A une société qui a pu les louer

En dépit du contrat, au prix fort du marché,

 

La ville a enrichi un bâtisseur de l’eau

Sans augmenter son parc de logements sociaux.

Société, citoyens, contribuables maudits,

N’êtes vous donc taxé que pour subir ceci ?

 

 

 

*Erinyes : Divinités persécutrices de la mythologie grecque.

** Pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. La dette de l’État se définit donc comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont l’encours (montant total des emprunts) résulte de l’accumulation des déficits de l’État.

***S.E.M. : La société d'économie mixte est une société anonyme qui allie capital public (des collectivités locales : ville, département) et privé.

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