Le ridicule des responsables politiques

Publié le par lavendeeautrement

Le prix de l’humour politique devrait être complété par une médaille de la nouille. Revue de détail :

 

François Hollande a confié au journal Le Monde du 17-18 juillet qu’il a les réponses à la crise qui mine l’Europe en général et le monde en particulier. Il tambourine à coups de « dispositions fermes et durables », se veut sévère avec les chefs d’Etat en place, « égoïstes » et « attentistes ». Au lieu de parler d’économies (auditer les dépenses et mieux voire moins dépenser), il invoque la sempiternelle solution qui n’a jamais rien résolu : l’augmentation des impôts. Bravo ! Impressionnante vision ! En revanche, sur le problème local de Notre-Dame-des-Landes, il se refuse à prendre position et botte en touche ; les Verts et les autres s’y querellent sur la future construction d’un aéroport au nord de Nantes. Ce brillant homme d’Etat qui n’a jamais été ministre tance les 27 chefs d’Etat européen et leurs conseillers mais se montre incapable de se prononcer sur un conflit qui occupe trois ou quatre équipes françaises. Pitoyable.

 

Et comme l’un ne va pas sans l’autre, Martine Aubry déclare vouloir balancer un milliard et demi d’euros dans la culture. On ne dépense jamais si bien et si mal que l’argent qu’on ne possède pas ni qu’on n’a jamais su gagner.

 

Relevons toutefois que seul Manuel Valls a pointé le ridicule d’une dépense par procuration des finances publiques qui sont si mal en point.

 

Un entrepreneur parisien m’a confié son sentiment. Issu de cité, il a réussi comme on dit. Son entrepôt a grossi, ses fournisseurs se sont réjouis de la multiplication de ses clients. Il emploie. Forcément il brasse de l’argent, mais passons, l’argent, c’est tellement sale et tellement peu social. « La gauche, me dit-il, toujours la même chose, prendre du pognon aux capables, à ceux qui se sont démenés pour réussir, pour le refiler à ceux qui profitent. Les emplois jeunes ? Je me rappelle que dans la cité, les emplois jeunes disaient aux encadrants ‘je sais où t’habite, si tu m’dénonces, j’t’défonce’. Et les politiques paradaient pendant que les emplois jeunes ne se déplaçaient que pour pointer, pas pour bosser. » « Une autre me dit que les emplois jeunes, c’était du vent. Fallait se démener tout seul pour réussir. » Sans commentaire.

 

Je travaillais en Angleterre quand le staff de campagne Du candidat Sarko était venu nous bassiner sur le bon, le bel avenir. Devedjian et Woerth. Les bons petits lieutenants à son papa. Oui, disaient-ils, ayez confiance, une fois au pouvoir, on ne vous oubliera pas. Quatre ans plus tard, le grand spécialiste des questions internationales et de la grammaire française est mis sur orbite. Tagada Tsoin Tsoin, sa majesté Douillet. Un gros prout du gouvernement vers nos expatriés. Minable.

 

Jeannette Bougrab se distingue différemment. Autre talent, autre méthode. Non content d’exiger un salaire d’attaquant brésilien en prenant les rênes de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations), elle refait l’histoire une fois au gouvernement. Et d’annoncer dans un discours de commémoration que les dji-aille ont débarqué en 1944 sur Obama Beach, et que l’Amérique a été libérée (donc auparavant envahie par les Allemands). Ridicule.

 

Eva Joly ne refait pas l’histoire, en revanche elle recycle. Elle déclarait en 2002, « Cela peut paraître dur, mais je crois que, dans l’intérêt de la collectivité, chaque citoyen doit supporter de pouvoir être suspecté de temps en temps à sa juste valeur. » Le Canard Enchaîné du 13 juillet 2011 rappelle que cette façon d’organiser la collectivité était appelée en 1793, sous la Terreur, la « loi des suspects », qui est restée celle des dictatures. Contrairement à ce que disait Fillon, elle a intégré les éléments les plus fins de la culture française.

 

Les idées ne manquent pas. Surtout les pires. Il manque un peu de bon sens mêlé à des pieds sur terre saupoudré d’une grosse dose de réalisme. Il manque le sens des valeurs et un avenir que ni la gauche ni la droite ne semblent à cette heure en mesure de préparer. Des sénateurs qui, après avoir couvert des faux en écriture et après avoir volé dans la caisse, s’en tirent avec une tape sur les doigts, des vieux députés qui dorment, des jeunes qui pantouflent. Il manque à la politique un sérieux coup de pied au train pour en redorer le blason. Elle devrait parvenir à susciter « une curiosité, une curiosité affective, c’est-à-dire une sympathie spontanée pour les diverses formes de la vie » (Siegfried, moraliste de l’Académie des sciences morales et politiques). Mais on peut douter que cette ambition soit possible.

 

Non sans malice, pointons que le pays qui sort de la crise le plus rapidement est la Belgique. C’est également le seul pays sans gouvernement. Le rapport de cause à effet n’est pas prouvé mais le cas est piquant.

 

Le vicomte d’Avenel rappelait dans ‘Les Français de mon temps’ en 1904 que « la vie publique d’un peuple est bien peu de choses, comparée à sa vie privée, et les changements de gouvernement n’ont pas, sur notre bien-être, sur la situation matérielle et morale de chacun d’entre nous ou sur notre malheur, l’influence qu’on se plaît à leur accorder. Ce ne sont pas des questions dépourvues d’intérêt mais en fin de compte elles n’ont pas beaucoup d’importance. Le peuple dans son ensemble ne se soucie pas beaucoup de politique et c’est fort bien ainsi. Autrement, les nations seraient ingouvernables. » On peut ne pas être d’accord mais ces idées sont confirmées dans une certaine mesure par les statistiques électorales et les sondages : l’abstention lors de votes a toujours été élevée depuis 1815. En outre, après 1848 la politique a cessé d’être une préoccupation majeure. Un sondage de 1959 révèle que 9% seulement des personnes interrogées manifestaient un intérêt réel pour la politique ; 47% répondirent qu’elles s’y intéressaient un peu et 42,5% pas du tout. (Théodore Zeldin dans ‘Colère et Politique’). Les prophètes en cravate qui parlent en prétendant que les Français pensent ceci et que les Françaises veulent cela devraient méditer l’info.

 

Tourner la tête quand des idées indéfendables fleurissent les listes de propositions des prétendants à la présidence de la République n’est donc pas une attitude nouvelle. Mais elle prive assurément du droit de se plaindre quand un bouffon à grelots trône en place du roi.

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