Le travail, la Shoah et les soldats

Publié le par lavendeeautrement

 

Les Etats et en première ligne leurs représentants laissent-ils tomber les meilleurs d’entre nous ? Sans doute pas me direz-vous. La combinaison démocratique de nos votes et des actions militantes se dressent ainsi que des veilleurs contre les injustices. Hum… pas sûr.

 

Pour nuancer ce pouvoir militant et démocratique, profitons du 1er mai, fête du travail, pour évoquer d’autres célébrations : la commémoration par les régiments de Légion étrangère de la bataille de Camerone le 30 avril et la célébration en Israël de Yom Hashoah le 19 avril.

 

Quel rapport entre ces dates vous demandez-vous ? Voici l’explication, ô lecteurs impatients :

 

La bataille de Camerone est la célébration du travail légionnaire bien fait. Le lieutenant-colonel Dimitri Amilakvari, tué au combat à El-Alamein en combattant pour les Forces françaises libres en 1942, avait traduit en une phrase ce que ces soldats acceptent : "Nous étrangers, n'avons qu'une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l'accueil qu'elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle." Si la France leur est éternellement redevable, croyez-vous que les représentants de l’Etat furent à la hauteur du dévouement de leurs soldats ?

 

En 1999, des anciens de la Légion étrangère revendiquaient que soit attribuée automatiquement la nationalité française aux légionnaires blessés au combat. La garde des Sceaux d’alors, Mme Guigou, avait écarté cette suggestion au motif qu’il ne paraissait pas opportun de créer un nouveau mode d’acquisition de la nationalité française et qu’il paraissait indispensable que le gouvernement conserve une marge d’appréciation « afin de vérifier le degré d’attache avec la France » des légionnaires concernés. Ce degré d’attache avait semblé suffisant au caporal-chef du 2ème Régiment étranger de parachutistes de Calvi quand il a perdu sa jambe à Sarajevo en février 1993, victime d’un obus de mortier. Au ministre de la Défense venu le saluer à l’hôpital, Mariusz Nowakowski déclara : « Monsieur le ministre, je ne vous demande ni argent ni décoration mais simplement de devenir français. » Il aura fallu plus de six années à nos élus pour qu’une loi permette à ces soldats blessés au combat d’obtenir automatiquement la nationalité française. Depuis 1831, date de création de la Légion étrangère, ces étrangers ne bénéficiaient pas de cette reconnaissance.

 

Pour les plus tendres et les plus romantiques portés par l’anti-militarisme primaire, il faut rappeler que ces soldats acceptent les tâches que les civils refusent. Ils ont suppléé les grévistes au ramassage des poubelles en été. Ils ont également ramassé les restes humains laissés au soleil lors de divers massacres en Afrique. Ils ont évité ainsi que les maladies ne se répandent et endigué une crise humanitaire. Je ne me rappelle pas d’une ONG leur ayant adressé un remerciement. En revanche, je me souviens de ce légionnaire qui me confiait l’incroyable difficulté de fossoyer bras, jambes et bébés.

 

Yom Hashoah, la journée de la Shoah, le 19 avril, est un hommage aux six millions de Juifs qui ont péri pendant la Seconde guerre mondiale. Chaque année en Israël, deux minutes de silence sont observées : les voitures et les bus s’arrêtent et les Israéliens se figent à l’appel des sirènes qui retentissent dans le pays. 200.000 survivants de la Shoah vivent en Israël. Un quart d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté et la moitié souffre de solitude. Les rapports publiés cette année par la Fondation pour le bien-être des rescapés de la Shoah sont alarmants. Un tiers d’entre eux ont besoin d'une aide permanente et n'arrivent pas à couvrir leurs dépenses alimentaires. 40% des rescapés disent toute leur difficulté de quitter leur maison pour aller faire des courses et acheter à manger. 20% des survivants souffrent du froid en hiver. 14% sont touchés par l’insécurité alimentaire et 4 % souffrent de malnutrition. On trouve dans la presse des tas de raisons pour expliquer la situation. Mais le fait demeure : la honte repose sur ceux qui se drapent dans le souvenir de la Shoah comme argument politique. Ces gens infligent par leur incompétence une double peine à ceux qui ont survécu aux camps de la mort.

 

Les théoriciens de l’humanisme arpentent rarement la rue pour redonner le chemin de la dignité à celui qui l’a perdu. Mais beaucoup parle, cause ou pépie. Ce qui explique peut-être qu’on écrit toujours des livres sur le besoin d’indignation pendant que les moins heureux crèvent sur un trottoir par l’indifférence de leurs semblables. Finalement, on juge trop sur les discours et pas assez sur les actes. En revanche, il serait faux de considérer que le dévouement est un bon pour l’auréole : il n’est que la logique opérationnelle du bon sens. On ne peut en effet constamment gloser sur les difficultés du monde sans agir. L’action résidait dans le vote, et qu’est-il devenu ? Les observateurs de la société, sociologues, intellectuels, politologues disent que le bel avenir repose dans l’engagement de la société civile. Le vote n’est donc plus suffisant à organiser la vie en cité. S’il faut lui adjoindre un complément, c’est qu’il est affaibli : la faute à qui ?

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