Trente ans pour rien ?

Publié le par lavendeeautrement

Quelques remarques sur la situation délicate du pays et la façon dont l'Etat se met en route pour la résoudre.

 

 

D'un côté, l'organisation de l'Etat:

 

1) Le 12 mars 2014, le Conseil des ministres nommait Véronique Bédague-Hamilius Ambassadeur délégué aux investissements internationaux chargée de la fusion de l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII, promotion des IDE en France) et d'Ubifrance (accompagnement des PME et ETI à l'export). Le 1er avril, elle devenait directrice de cabinet du Premier ministre. Elle n'a toujours pas été remplacée.

Le rapport pour 2013 de la AFII assure que "les investissements étrangers créateurs d'emplois se maintiennent à des niveaux élevés" et que "l'attractivité de la France est reconnue par les investisseurs étrangers".

Cependant le rapport de la CNUCED ne donne pas le même diagnostic.  Le Monde du 29 janvier 2014 explique que ce rapport centré sur les investissements directs à l'étranger (IDE) dément l'optimisme de l'AFII. En effet, les nouveaux IDE ont chuté de 77% en 2013 en France pendant qu'ils croissaient dans le monde de 11%. En outre, ils augmentent en moyenne sur 2013 de 37.7% dans l'Union européenne: ils augmentent quasiment dans tous les pays européens, sauf en France qui fait figure d'exception.

 

2) Quant au CNFE, Centre National des Firmes Etrangères, un article du canard enchainé du 22 mai 2013 décrit son action d'un titre sec: "La France accueille à bras fermés les employeurs étrangers". Il explique qu'une panne informatique a empêché 850 entreprises étrangères d'ouvrir une succursale en France. Le CNFE traite avec les entreprises étrangères qui ne sont pas encore implantées en France mais qui souhaitent le faire. En 2012, il immatriculait 1521 sociétés. Mais une panne de système l'a paralysé pendant au moins les six premiers mois de 2013. Ainsi, le manager de la société américaine ACE Acess LLC déclarait avoir dû localiser en Allemagne les 20 postes prévus en France.

 

3) Pourtant, les difficultés ne datent pas de la crise.

Le Figaro, le 9 janvier 2014, résume le tableau de l'évolution économique française entre 1975 et 2009, dressé pour l'INSEE par l'économiste Vincent Hecquet dans le dernier numéro de la revue "Economie et Statistiques". Il y explique qu'entre 1975 et 2009, l'évolution marquante de la France a été l'explosion de l'emploi de la sphère publique (administration, éducation, santé et action sociale), financée par les prélèvements obligatoires. Elle s'est enrichie sur la période de 4.5 millions d'emplois, soit un passage de 18 à 31% des effectifs totaux. Quant au secteur productif, il perdait 9% de ses effectifs. Un fait qui éclaire la désindustrialisation accélérée de la France: en 2009, le secteur des "activités d'art, spectacles et récréatives" embauchait plus d'actifs que l'ensemble de l'industrie automobile, constructeurs et équipementiers réunis: soit 380.000 personnes contre 244.000.

 

D'un autre côté, les décisions de l'Etat pour résoudre ces problèmes se renouvellent peu. La collection Que Sais-je s'est enrichie en 2011 de la mise à jour de l'édition de 2002 sur "Le modèle Français depuis 1945". A partir de la page 79, l'auteur détaille les actions des gouvernants à partir de 1981. Elles sont un parallèle surprenant avec la situation actuelle:

 

1) Pour la nouvelle majorité de 1981, la crise s'explique moins par la conjoncture internationale que par l'action du président de la République précédent. Elle organise ses décisions sur deux axes. D'abord, comme le dit Pierre Mauroy, "Nous avons nationalisé les banques, il faut maintenant nationaliser les banquiers", c'est-à-dire que la transformation des mentalités doit accompagner la modernisation du pays. Le second pilier de l'action de l'Etat est un vaste ministère de la Planification et de l'Aménagement du territoire confié à Michel Rocard, le redressement productif de l'époque. 

 

2) Fort de ces moyens, l'Etat engage la bataille de l'emploi et de la croissance. Il la mène sur deux fronts: d'une part une stratégie de modernisation industrielle ; de l'autre une tactique de relance conjoncturelle.

Pour le premier, un crédit impôt recherche incite les entreprises à investir en 1983 et des mesures sociales accompagnent le dispositif. Les lois Auroux (1982) prévoient d'étendre la démocratie dans l'ensemble des sociétés : de fait, elles étendent le pouvoir des syndicats ; d'autres lois ont pour but de rendre la France plus égalitaire (ISF, plafonnement du quotient familial - comme les mesures mises en route le 1er avril 2014, tranche sur imposition à 65%).

Quant à la relance conjoncturelle, elle est financée par l'Etat. Malgré les engagements de Mitterrand pendant la campagne, la barre des 2 millions de chômeurs est atteinte au début de 1982. La lutte contre le chômage apparaît comme une priorité. Secteur et fonction publics sont mis à contribution: en 1981 et 1982, 170 000 emplois sont créés dans les administrations (les emplois d'avenir d'aujourd'hui procèdent de la même logique). L'Etat injecte dans l'économie 1.7% de PIB.

 

3) Les résultats s'avèrent décevants et expliquent le tournant de 1983.

La croissance stagne à un niveau médiocre (2.4% en 1982) ; le chômage ne régresse pas ; le déficit commercial atteint le niveau record de 92 milliards de francs en 1982.

Les entreprises françaises sont en situation difficile: le taux d'autofinancement s'effondre à moins de 50%, le plus bas de toute la Ve République.

Le changement date de 1983. Un plan de rigueur est mis en place, deux ans après l'élection présidentielle.

 

 

Les socialistes sont à la fois bénéficiaires et victimes des institutions de la Ve République : elles leur donnent la possibilité de rester au pouvoir malgré leur premier échec, à l'inverse de ce qui s'était passé pour toutes les majorités de gauche depuis 1924 : aucune n'avait dépassé deux ans d'exercice.

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